C'est quoi le moche (et donc le beau) en architecture?

Minute Papillon!

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C'est quoi le moche (et donc le beau) en architecture?

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Aujourd'hui, on s’interroge que ce que sont, en architecture, le moche et le beau. Quel est notre regard sur l’esthétique, la beauté ou la mocheté des bâtiments ? Est-ce notre regard change, comme sous les effets d’une mode ? Que faire d’un bâtiment moche ? On parle de ces questions avec Francis Rambert, directeur du département de la création architecturale à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, et critique d’art.

L’esthétique, une dimension parmi d’autres dans un projet architectural

Pourquoi les architectes ne sont-ils pas des idéologues de la beauté ? « Aujourd’hui, vous aurez du mal à trouver un architecte qui va revendiquer cette approche purement esthétique. Parce que la question fondamentale, c’est la question de l’usage, que les gens aient plus de confort, que les gens se sentent mieux là où ils sont », répond Francis Rambert dans ce podcast.

« L’architecture, c’est tout sauf une performance. Cela parle d’espace, d’usage, d’urbanité : est-ce que l’espace est habitable, est-ce que l’usage est agréable, est-ce que ça crée du lien, du vivre-ensemble ?’ Ce sont toutes ces questions qui rentrent dans un projet d’architecture. L’esthétique est seulement l’une des composantes [de ce projet]. »

Architecture et scandale

A propos du rejet du public à certains bâtiments ou projets architecturaux modernes, le critique d’art cite le poète Charles Baudelaire, selon qui « l’étrangeté est un condiment indispensable de la beauté ». L’étrangeté de l’architecture contemporaine, qui suscite parfois la polémique, « permet de se poser des questions qui vont au-delà de la question de l’esthétique », souligne Francis Rambert.

Toujours à propos du scandale, il juge que « c’est très sain quand un bâtiment fait polémique car il va réveiller quelque chose. Est-ce pour autant beau ou pas beau ? Le sujet, en fait, est : ‘est-ce que cela fait sens’? »

Les tours des années 1960

Sur la perception des barres de logement réalisées dans les années 1960, largement considérées comme moches, le critique rappelle qu’à l’époque de leur construction, ces bâtiments étaient loués pour leur modernité, la qualité de leurs espaces, leur luminosité.

Francis Rambert se dit par ailleurs optimiste sur l’évolution du regard sur ces bâtiments qui peuvent être transformés. Il prend l’exemple de la tour Bois-le-Prêtre, dans le 17e arrondissement de Paris, en bordure de périphérique nord, et d’une tour du quartier Grand Parc à Bordeaux0. « [Les architectes] ont montré comment on pouvait donner plus d’espace et de confort, tout ça sans augmentation de loyer. » Et rappelle que la beauté de ces énormes bâtiments a complètement changé.

Mocheté = banalité ?

Enfin, interrogé sur un bâtiment qu’il juge particulièrement moche, Francis Rambert estime que « la mocheté réside dans la banalité, beaucoup plus que dans un bâtiment qui se verrait beaucoup, un bâtiment public à qui on ne pardonnera rien. »

Francis Rambert note enfin que, dans un souci des préoccupations environnementales, et contre le gaspillage des ressources, il ne faut pas raser un bâtiment sous un prétexte qu’il soit moche. On peut tout à fait le transformer, et donne notamment exemple de la rénovation du quartier de la tête du Pont de Sèvres à l’entrée de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

Anne-Laetitia Béraud

Crédit son: Bisquit Soul de Nordgroove Fugue Icons8.com 

 

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Aujourd'hui, on s’interroge que ce que sont, en architecture, le moche et le beau. Quel est notre regard sur l’esthétique, la beauté ou la mocheté des bâtiments ? Est-ce notre regard change, comme sous les effets d’une mode ? Que faire d’un bâtiment moche ? On parle de ces questions avec Francis Rambert, directeur du département de la création architecturale à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, et critique d’art.

L’esthétique, une dimension parmi d’autres dans un projet architectural

Pourquoi les architectes ne sont-ils pas des idéologues de la beauté ? « Aujourd’hui, vous aurez du mal à trouver un architecte qui va revendiquer cette approche purement esthétique. Parce que la question fondamentale, c’est la question de l’usage, que les gens aient plus de confort, que les gens se sentent mieux là où ils sont », répond Francis Rambert dans ce podcast.

« L’architecture, c’est tout sauf une performance. Cela parle d’espace, d’usage, d’urbanité : est-ce que l’espace est habitable, est-ce que l’usage est agréable, est-ce que ça crée du lien, du vivre-ensemble ?’ Ce sont toutes ces questions qui rentrent dans un projet d’architecture. L’esthétique est seulement l’une des composantes [de ce projet]. »

Architecture et scandale

A propos du rejet du public à certains bâtiments ou projets architecturaux modernes, le critique d’art cite le poète Charles Baudelaire, selon qui « l’étrangeté est un condiment indispensable de la beauté ». L’étrangeté de l’architecture contemporaine, qui suscite parfois la polémique, « permet de se poser des questions qui vont au-delà de la question de l’esthétique », souligne Francis Rambert.

Toujours à propos du scandale, il juge que « c’est très sain quand un bâtiment fait polémique car il va réveiller quelque chose. Est-ce pour autant beau ou pas beau ? Le sujet, en fait, est : ‘est-ce que cela fait sens’? »

Les tours des années 1960

Sur la perception des barres de logement réalisées dans les années 1960, largement considérées comme moches, le critique rappelle qu’à l’époque de leur construction, ces bâtiments étaient loués pour leur modernité, la qualité de leurs espaces, leur luminosité.

Francis Rambert se dit par ailleurs optimiste sur l’évolution du regard sur ces bâtiments qui peuvent être transformés. Il prend l’exemple de la tour Bois-le-Prêtre, dans le 17e arrondissement de Paris, en bordure de périphérique nord, et d’une tour du quartier Grand Parc à Bordeaux0. « [Les architectes] ont montré comment on pouvait donner plus d’espace et de confort, tout ça sans augmentation de loyer. » Et rappelle que la beauté de ces énormes bâtiments a complètement changé.

Mocheté = banalité ?

Enfin, interrogé sur un bâtiment qu’il juge particulièrement moche, Francis Rambert estime que « la mocheté réside dans la banalité, beaucoup plus que dans un bâtiment qui se verrait beaucoup, un bâtiment public à qui on ne pardonnera rien. »

Francis Rambert note enfin que, dans un souci des préoccupations environnementales, et contre le gaspillage des ressources, il ne faut pas raser un bâtiment sous un prétexte qu’il soit moche. On peut tout à fait le transformer, et donne notamment exemple de la rénovation du quartier de la tête du Pont de Sèvres à l’entrée de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

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