Coronavirus: Comment l'épidémie bouleverse notre rapport au corps des autres

Minute Papillon!

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Coronavirus: Comment l'épidémie bouleverse notre rapport au corps des autres

Minute Papillon!

Dans quel monde a-t-on basculé avec la pandémie de Covid-19 ? En moins de six mois, nos sociétés, nos libertés, nos liens ont été bouleversés par le coronavirus. Et si la France poursuit son « déconfinement progressif », la situation est loin d’être revenue à ce que nous avons connu « avant ».

Alors que cette « drôle » de période va continuer, 20 Minutes podcast vous propose le jeudi une pause philo dans votre canapé. Un temps pour prendre de la distance. Philosophes, historiens, sociologues, grands témoins répondent aux questions suivantes : comment l’épidémie redéfinit-elle nos vies ? Que reste-t-il de nos libertés à l’ère du coronavirus ? Qu’est-ce que l’ennui, est-il un mal nécessaire ?

Pour ce quatrième épisode, on parle du corps : comment cette crise modifie-t-elle notre rapport à notre corps, à celui des autres ? Pour répondre, Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction de « Philosophie magazine », enseignant à Sciences-Po Paris.

Dans ce podcast mené par Hélène Sergent, journaliste à 20 Minutes, Alexandre Lacroix revient tout d’abord sur la vie sociale. C’est, selon lui, « le fait d’avoir une communauté de corps avec des êtres humains, une pluralité, une diversité d’humains et c’est le support matériel de notre condition humaine, le fond sur lequel nous existons et c’est ce dont nous avons été privés pendant deux mois ».

A propos du corps des autres, qui inspire la méfiance depuis le début de la pandémie, Alexandre Lacroix a été surpris par un livre de Georges Bataille intitulé La structure psychologique du fascisme. Dans ce texte, « [Georges Bataille] dit que dans toutes les formes de vies sociales qui préexistent au fascisme, il y a des tabous sur le corps de certaines catégories de population. Il dit qu’à l’origine de ces tabous, il y a le dégoût que l’on peut éprouver vis-à-vis des cadavres, par crainte de la contamination et de la maladie ».

« Ce qu’il veut dire par là, c’est qu’il y a une atomisation sociale qui précède l’arrivée des régimes populistes, fascistes, où certaines catégories de population sont considérées comme intouchables, risquant de nous contaminer (…) On peut se poser la question de savoir ce que ça signifie politiquement ou à quelle structure politique cela renvoie ».

Alexandre Lacroix revient enfin sur les gestes aujourd’hui déconseillés – bises, poignées de mains- développés à la fin du Moyen Age dans les sociétés de cour européennes, et très présentes dans le monde catholique. « Aujourd’hui, il y a en France ce moment de flottement où l’on ne sait pas bien ce que l’on doit faire. On va probablement continuer de faire la bise à quelqu’un de sa propre famille, mais il y a ce vague qui s’installe. On pourrait imaginer une protestantisation de nos moeurs, mais moi, je ne l’espère pas », affirme Alexandre Lacroix.

Interview Hélène Sergent, réalisation Anne-Laetitia Béraud

 

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Dans quel monde a-t-on basculé avec la pandémie de Covid-19 ? En moins de six mois, nos sociétés, nos libertés, nos liens ont été bouleversés par le coronavirus. Et si la France poursuit son « déconfinement progressif », la situation est loin d’être revenue à ce que nous avons connu « avant ».

Alors que cette « drôle » de période va continuer, 20 Minutes podcast vous propose le jeudi une pause philo dans votre canapé. Un temps pour prendre de la distance. Philosophes, historiens, sociologues, grands témoins répondent aux questions suivantes : comment l’épidémie redéfinit-elle nos vies ? Que reste-t-il de nos libertés à l’ère du coronavirus ? Qu’est-ce que l’ennui, est-il un mal nécessaire ?

Pour ce quatrième épisode, on parle du corps : comment cette crise modifie-t-elle notre rapport à notre corps, à celui des autres ? Pour répondre, Alexandre Lacroix, directeur de la rédaction de « Philosophie magazine », enseignant à Sciences-Po Paris.

Dans ce podcast mené par Hélène Sergent, journaliste à 20 Minutes, Alexandre Lacroix revient tout d’abord sur la vie sociale. C’est, selon lui, « le fait d’avoir une communauté de corps avec des êtres humains, une pluralité, une diversité d’humains et c’est le support matériel de notre condition humaine, le fond sur lequel nous existons et c’est ce dont nous avons été privés pendant deux mois ».

A propos du corps des autres, qui inspire la méfiance depuis le début de la pandémie, Alexandre Lacroix a été surpris par un livre de Georges Bataille intitulé La structure psychologique du fascisme. Dans ce texte, « [Georges Bataille] dit que dans toutes les formes de vies sociales qui préexistent au fascisme, il y a des tabous sur le corps de certaines catégories de population. Il dit qu’à l’origine de ces tabous, il y a le dégoût que l’on peut éprouver vis-à-vis des cadavres, par crainte de la contamination et de la maladie ».

« Ce qu’il veut dire par là, c’est qu’il y a une atomisation sociale qui précède l’arrivée des régimes populistes, fascistes, où certaines catégories de population sont considérées comme intouchables, risquant de nous contaminer (…) On peut se poser la question de savoir ce que ça signifie politiquement ou à quelle structure politique cela renvoie ».

Alexandre Lacroix revient enfin sur les gestes aujourd’hui déconseillés – bises, poignées de mains- développés à la fin du Moyen Age dans les sociétés de cour européennes, et très présentes dans le monde catholique. « Aujourd’hui, il y a en France ce moment de flottement où l’on ne sait pas bien ce que l’on doit faire. On va probablement continuer de faire la bise à quelqu’un de sa propre famille, mais il y a ce vague qui s’installe. On pourrait imaginer une protestantisation de nos moeurs, mais moi, je ne l’espère pas », affirme Alexandre Lacroix.

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